Chapitre 1
L'Autonomie de Capacité : doctrine, genèse et grammaire générative
Partie I — Du statut juridique formel aux capacités réelles d'action et d'émancipation
L'Autonomie de Capacité : doctrine, genèse et grammaire générative
1. La rupture avec l'autonomie purement statutaire
Depuis un demi-siècle, le débat sur l'autonomie en Corse comme dans d'autres territoires s'est enfermé dans une querelle juridique et institutionnelle sur les transferts de compétences législatives ou réglementaires de l'État central vers une collectivité locale.
Cette approche statutaire souffre d'une cécité fondamentale :
> Un statut juridique élargi n'accroît pas mécaniquement la liberté réelle des citoyens si les conditions matérielles, énergétiques, cognitives et économiques de leur capacité d'action restent captives.
Transférer un pouvoir d'un ministère parisien à une assemblée territoriale sans donner aux individus et aux communes les moyens concrets de décider, produire, réparer et subvenir à leurs besoins essentiels ne fait que substituer une bureaucratie de proximité à une bureaucratie lointaine.
L'Autonomie de Capacité opère un renversement copernicien :
> L'autonomie véritable se mesure à ce qu'une personne, une famille, un atelier ou un village est effectivement capable de faire sans dépendre du bon vouloir ou de la bienveillance d'un tiers.
2. La question directrice
À l'encontre des discours d'intention, l'évaluation capacitaire pose systématiquement la même question d'épreuve :
> Qu’est-ce qu’un système ouvre réellement comme possibles, qui peut les transformer en capacités, quels effets leur exercice produit-il, et qui peut contrôler et corriger le dispositif ?
Le mot capable ne qualifie pas la valeur morale des individus. Il désigne une propriété mesurable des architectures sociotechniques : ouvrir des marges de manœuvre réelles, les rendre accessibles à tous sans péage confiscatoire, et préserver le droit permanent de contester et corriger le système.
3. Le triptyque des Trois Machines
Pour rendre cette méthode opératoire, la doctrine articule trois dynamiques complémentaires :
1. MACHINE À EMPÊCHER
Identifier les verrous structurels, les dépendances subies, les normes absurdes,
les monopoles de rente et les asymétries d'information qui paralysent l'initiative.
2. MACHINE À EXPLORER
Mettre à disposition des cartographies, des diagnostics KYS, des simulations possibilistes
et des retours d'expérience pour identifier les chemins de traverse et les alternatives réelles.
3. MACHINE À RENDRE CAPABLE
Transmettre les gestes techniques, les architectures logicielles ouvertes, les protocoles
d'énergie DC-native et les méthodes de délibération collective assurant l'effectivité.
4. Le Capable Test comme instrument de mesure
L'École Mariani de l'Autonomie ne dispense pas un catéchisme politique. Elle enseigne et pratique le Capable Test (version 0.4), qui analyse chaque projet ou politique publique selon six dimensions critiques :
1. Effectivité : La mesure produit-elle des effets observables ou reste-t-elle un vœu pieux ?
2. Liberté effective : Ouvre-t-elle des choix réels ou enferme-t-elle dans une dépendance nouvelle ?
3. Égalité effective : La capacité est-elle accessible à tous ou réservée à une caste ?
4. Fraternité effective : Renforce-t-elle le lien d'entraide ou pousse-t-elle à l'isolement marchand ?
5. Souveraineté sur la capacité : L'utilisateur maîtrise-t-il l'outil ou l'outil le contrôle-t-il ?
6. Corrigibilité : Les usagers peuvent-ils modifier ou révoquer les règles si elles échouent ?